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Comment la Russie espionne la France


Le satellite russe Luch Olymp a bien essayé de pirater notre satellite militaire Athena-Fidus. Voilà comment il a procédé.

"En amour comme à la guerre, pour conclure, il faut se voir de près". La maxime attribuée au stratège militaire Bonaparte raisonne jusqu'au firmament depuis que, le 7 septembre à Toulouse, la ministre des Armées a ouvertement reproché à la Russie d'avoir espionné un satellite français. C'est une lourde accusation qui aurait pu provoquer un incident diplomatique. Sauf que Florence Parly dispose de preuves dont une série de photographies que s'est procurée l'Express. Certes, l'image (ci-dessous) de trajectoires se résume à trois minuscules points perdus dans le vide spatial, mais elle montre la position très rapprochée entre les deux vaisseaux. Cette course-poursuite en orbite géostationnaire (36 000 kilomètres d'altitude) est suivie depuis le sol par GEOTracker, un réseau de 6 télescopes (Chili, Espagne, France, Australie), conçu par ArianeGroup qui loue ses services au Commandement interarmées de l'espace (CIE). "Nous suivons ce satellite russe Luch Olymp depuis plusieurs mois et, contrairement aux autres qui se trouvent à un endroit précis au-dessus de la Terre, celui-ci butine d'un point à un autre, indique une source en interne. Il a fait plusieurs tentatives d'approche avant de repartir et visiter d'autres cibles. Pour nous, indéniablement, il s'agit d'un vaisseau inspecteur, créé pour espionner."  


Mais à quoi bon risquer de s'approcher ainsi ? "Plus vous êtes près, plus il est facile d'intercepter les informations", indique le spécialiste. En l'occurrence, la ministre a affirmé qu'aucune "donnée sensible" n'avait été exploitée par les Russes. Le satellite Athena-Fidus, lancé en 2014, compte parmi les plus sophistiqués dont dispose la France. Ce gros bébé (3 tonnes) possède 14 antennes permettant des télécommunications à très haut débit (3 gigabits par seconde) et surtout cryptées (en "bande K"). Il sert avant tout de relais pour gérer les situations de crise sur les terrains où se trouvent nos troupes, notamment pour réaliser des visioconférences, établir des diagnostics médicaux à distance ou surtout, réceptionner les images acquises par nos drones. 


Reste que cet épisode d'approche "inamicale" dénoncé par Florence Parly n'est pas une première. Pire, elle semble récurrente. Il y a deux ans, durant une audition parlementaire, le général Jean-Daniel Testé qui se trouvait à la tête du commandement interarmées de l'espace avait fait état de plusieurs manoeuvres similaires en 2011,2013 et 2015. Son successeur au CIE en 2017, Jean-Pascal Breton a réitéré ces déclarations toujours à l'Assemblée nationale. En ce sens, aujourd'hui, les spécialistes ont la certitude que les grandes puissances - Russie, Chine et Etats-Unis -, ont, ces dernières années, multiplié les systèmes destinés à aller écouter et observer de près les satellites des autres pays.  

Cette menace est donc prégnante. De plus, ces vaisseaux malveillants en s'approchant au plus près de nos satellites militaires stratégiques pourraient ne pas se contenter de les écouter mais les rendre inopérants - soit en brouillant les communications ou en les rendant aveugles, soit en les détruisant par l'usage de micro-ondes voire de lasers. C'est ce que veut mettre en lumière la ministre des Armées : "L'espace exo-atmosphérique (au-delà de l'atmosphère) est devenu le théâtre de rivalités des grandes puissances." Il en va donc de notre souveraineté nationale. D'où l'urgence à développer les moyens de surveiller et d'agir dans l'espace. Florence Parly a donc annoncé proposer au président de la République une stratégie spatiale de défense avant la fin de l'année. La guerre des étoiles ne fait que commencer. 

Source : https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/comment-la-russie-espionne-la-france_2035113.html#0GW7WtgUeie6EG4d.01

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